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Par Arnaud Touati

Bonjour à tous,

Cette semaine, on parle de valorisation fantôme, de charges qui étouffent avant le premier client, et de la question que personne ne pose à son avocat.

On termine avec un sujet qui nous concerne tous : les écrans et nos enfants.

Faisons le point ensemble ↓

LE DEBUNK

On passe en revue les citations chocs de la semaine.

La facturation au temps passé : le chèque en blanc

Je suis à 500 euros de l’heure, je vous dirai à la fin combien vous me devez.

C’est la phrase que des millions de clients entendent en France.

Et c’est celle que j’ai entendue en 2015 quand j’ai eu besoin d’un conseil en droit immobilier pour mon propre cabinet.

400 euros de l’heure.
Sans estimation. Sans plafond.

L’avocat avait un argument : chaque dossier est différent, le périmètre n’est pas connu à l’avance.

Et c’est en partie vrai.

Mais le vrai problème n’est pas le taux.
C’est l’absence de prévisibilité.

Le client achète quelque chose dont il ignore le prix final.

C’est ce qui a poussé Hashtag Avocats à construire dès 2017 un modèle hybride : le forfait-temps.

On estime la mission en heures, puis on facture ce volume.
Si l’avocat termine avant, le solde est reporté ou remboursé.

S’il dépasse à cause d’un changement de périmètre, il prévient avant de continuer.
Le client choisit alors de poursuivre ou non.

Il sait ce qu’il engage. L’avocat peut ajuster.
Les deux gardent la main.

Ce n’est pas une révolution, mais de la transparence.
Et dans un secteur où la confiance est le produit, c’est un minimum.

LES NEWS

L’essentiel de l’actualité juridique.

Entrepreneur en France : le boulet au pied

On applique la même pression fiscale à celui qui démarre de zéro et à celui qui a vingt ans d’ancienneté. On ne laisse pas le temps à une activité de respirer.

4 000 euros brut par mois.
C’est ce que versent certains cabinets à leurs jeunes collaborateurs avocats.

Net après charges et impôt : 2 200 euros.
Sur 48 000 euros encaissés dans l’année, il reste environ 26 000 euros imposables.

Entre URSSAF, retraite, cotisation ordinale, assurance RC pro et IRPP.

La deuxième année est souvent pire : les cotisations provisionnelles sont régularisées à la hausse.

Le choc de trésorerie arrive quand on s’y attend le moins.

Le problème n’est pas l’existence des prélèvements, mais l’absence totale de proportionnalité.

On compresse dès le premier euro.
On taxe avant que la valeur soit créée.
On décourage précisément ceux qu’on devrait encourager.

Avocats, artisans, consultants, médecins, restaurateurs, développeurs freelance : la mécanique est la même partout.

Pas de part patronale absorbée.
La note arrive quand vous êtes le plus vulnérable.

On a encore de belles entreprises en France.

Mais c’est souvent malgré le cadre, pas grâce à ce dernier.

AMI Labs : la licorne à zéro client

Une valorisation de levée de fonds ne mesure pas la valeur d’une entreprise.

Elle mesure le prix qu’un groupe d’investisseurs a accepté de payer pour un pourcentage du capital, à un instant T, avec des droits préférentiels.

AMI Labs vient de boucler le plus grand tour d’amorçage de l’histoire européenne.

Valorisation : 3,5 milliards de dollars.
Chiffre d’affaires : zéro. Clients : zéro. Produit livré : zéro.

Et la presse titre sur « la nouvelle licorne française ».
Sauf qu’elle oublie quelques points majeurs.

Entre autres, liquidation preferences, clauses anti-dilution, ratchets.

Ces mécanismes font que le chiffre annoncé en conférence de presse et ce que toucheront les fondateurs le jour de la sortie sont deux réalités très différentes.

Le terme « licorne » a été inventé en 2013 pour désigner une rareté statistique.
On l’a transformé en baromètre de compétitivité nationale.

Nos responsables politiques s’en emparent comme argument de souveraineté.

Pendant ce temps, les chiffres sont sans appel.
Entre 2013 et 2024, les États-Unis ont investi 470 milliards de dollars dans l’IA.

L’Europe entière : environ 50 milliards.

Les fonds de pension européens allouent 0,018 % de leurs actifs au capital-risque, contre 1,9 % aux États-Unis.

Cette levée est une excellente nouvelle pour la France.
Mais une licorne médiatisée ne change pas ces constats.

Elle les masque.

L’écran ou l’adulte : un enfant de 3 ans a déjà choisi

Demander à un parent isolé de résister à des ingénieurs qui ont passé des années à optimiser des systèmes de captation de l’attention, c’est demander un combat à mains nues contre une infrastructure industrielle.

Steve Jobs a confié en 2010 au journaliste Nick Bilton, qui en a rendu compte dans le New York Times en 2014, que ses enfants n’utilisaient pas l’iPad.

Bill Gates a interdit le téléphone avant 14 ans.

La Waldorf School of the Peninsula, à quelques kilomètres de Google et Apple, bannit tout écran jusqu’à l’adolescence.

Ses élèves sont les enfants des ingénieurs qui conçoivent ces mêmes plateformes.
Ce n’est pas de l’hypocrisie accidentelle mais une politique délibérée, documentée.

En 2021, les documents internes de Meta ont révélé que l’entreprise savait qu’Instagram dégradait la santé mentale des adolescentes.

Spoiler : elle a choisi de continuer.

41 États américains ont depuis attaqué Meta en justice (octobre 2023).

Le DSA européen prévoit des sanctions pouvant atteindre 6 % du chiffre d’affaires mondial.

La loi française du 7 juillet 2023 a instauré une majorité numérique à 15 ans, mais son décret d’application n’a jamais été publié, la Commission européenne ayant jugé le dispositif non conforme au DSA.
Mais entre le texte et le prétoire, le fossé reste entier.

Les parents attendent que la loi tranche. La loi attend que les parents bougent.
Les plateformes encaissent.

La jurisprudence sur le tabac a mis trente ans à aboutir.
Sauf que les enfants, eux, grandissent maintenant.

Anthropic : 528 000 € pour 188 000 € nets

Le rendement de nos prélèvements n’est plus défendable sérieusement.

Ce qui devrait choquer, ce n’est pas le taux.
C’est ce qu’il produit.

Les Américains ont ouvert la fiche de paie française.
Et ils ont cru à une erreur.

153 000 euros de charges patronales avant même que le contrat soit signé.
Puis l’IRPP qui finit le travail.

2,8 fois le net en prélèvements.
Pour un seul poste. Chaque année.

Oui, c’est le pire des cas : un célibataire, sans optimisation fiscale.
La réalité est souvent plus nuancée.

Et comparer les salaires nets sans contexte est un raccourci.
À New York, la santé se paie, la retraite se capitalise, les études coûtent une fortune.

Bref, les modèles ne sont pas superposables.

Sauf que le rendement, lui, ne l’est plus non plus.

Surtout quand on prend en compte notre système de santé sous perfusion, les urgences qui ferment, les 3 300 milliards de dette sans trajectoire crédible.

Anthropic a recruté en France quand même.
Les talents sont là, reconnus partout dans le monde.

Mais une entreprise qui s’implante peut aussi repartir.
Ou ne pas créer de deuxième poste.

Le problème n’est pas la taxe.
C’est ce qu’elle ne finance plus.

Pourquoi nous écouter ?

Avec Hashtag Avocats, nous accompagnons 300+ entreprises sur la structuration juridique, la conformité réglementaire (MiCA, RGPD, AI Act) et l’anticipation des risques fiscaux et numériques.

À retenir

  • AMI Labs vaut 3,5 milliards sur le papier. Zéro client, zéro produit. La valorisation n’est pas la valeur.

  • L’Europe a investi 50 milliards dans l’IA entre 2013 et 2024. Les États-Unis : 470 milliards.

  • 41 États américains ont attaqué Meta pour l’impact d’Instagram sur les adolescents.

  • Anthropic : 528 000 € de coût total, 188 000 € nets. Le problème n’est pas la taxe, c’est ce qu’elle ne finance plus.

Vous voulez un point rapide sur vos risques et vos leviers d’action ?

Je prends toujours 30 minutes pour comprendre votre enjeu et vous donner une première feuille de route.

À très vite,
Arnaud

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