Better Read ArnO
Bonjour à tous,
On délègue de plus en plus sans en mesurer les conséquences.
On confie nos brouillons et parfois notre jugement à la machine.
On prête nos économies à des inconnus via une belle interface.
On envoie des messages, des photos, des vulnérabilités à un tiers invisible.
Sauf que tout ça a des conséquences juridiques.
Better Read ArnO ↓

LE DEBUNK
On passe en revue les citations chocs de la semaine.
L’IA rend idiot
Cette forme d’intelligence artificielle rend idiot, feignant et dépendant.
Vrai si vous utilisez les modèles génératifs comme une béquille, pas comme un outil.
Parce que le danger n’est pas l’IA, mais le réflexe installé progressivement, jusqu’à devenir indissociable de nos méthodes de travail.
On délègue la première version, puis l’effort, puis le doute, puis le jugement.
Et à force, on désapprend.
Vous ne vous en rendez même pas compte, parce que tout reste “propre”.
Malgré tout, j’utilise l’IA 4 à 6 heures par jour en structurant agents, automatisations, workflows.
Mais j’ai une règle non-négociable : tout relire, tout revoir, tout vérifier.
Je refais l’analyse sans l’outil, pour garder le muscle intact.
Sinon, la sanction est mécanique.
Des livrables bien écrits, mais faux.
Des risques de fuite d’informations.
Une absence de traçabilité sérieuse.
Des décisions prises sur des bases fragiles.
Surtout dans un contexte où la responsabilité reste humaine.
Coup de gueule de Julien Dive
95 % des hommes et des femmes de cet hémicycle n'ont jamais créé la moindre entreprise et se permettent de donner des leçons d'économie.
La punchline est efficace, et l’intuition juste : on sent une déconnexion.
Certes, on n’a pas besoin d’être un ancien magistrat pour être Garde des Sceaux, pas davantage qu'un ancien boucher pour s'occuper de l’artisanat.
Mais un minimum de vécu économique aide à comprendre la réalité du terrain.
Créer, embaucher, payer des charges, gérer une fin de mois à flux tendu, sont autant d’éléments qui donnent une lecture pratique des textes.
Parce que quand le droit devient imprévisible, le risque devient ingérable.
De la plainte au signal économique
Les trentenaires de 2025 vivent moins bien.
La moyenne d’âge de mes clients entrepreneurs est autour de 30–40 ans, et le diagnostic est souvent le même.
Ils ne manquent pas d’envie.
Ils manquent de marge de manœuvre, à la fois financière et mentale.
On leur vend l’agilité alors qu’en réalité, on leur a transféré le risque.
L’insertion professionnelle est devenue un parcours d’obstacles, les postes juniors se compressent, et l’IA arrive précisément sur les tâches d’entrée de gamme.
Donc moins de portes d’entrée et plus de tri, plus tôt.
Ensuite, le logement verrouille tout.
Sans stabilité, tout se décale : couple, enfants, mobilité, création.
Bref, le travail n’est pas plus libre.
Il est plus incertain, et l’incertitude casse les projets.
Si on veut des entreprises, des recrutements et de l’investissement, il faut baisser la friction et arrêter de punir la stabilité.
LES NEWS
L’essentiel de l’actualité juridique.
Arnaques financières : s’en prémunir
On perd souvent de l’argent avant même de perdre la lucidité.
Je vois trop de victimes.
Et trop souvent, le drame n’est pas “l’arnaque sophistiquée”.
C’est la mécanique psychologique.
On vous attire via une pub, un faux article de presse, une tête connue.
Puis, on vous rappelle rapidement.
On vous demande un 1er dépôt faible (souvent 250–500 €), pour casser la barrière sur une “plateforme” qui a l’air pro.
Parfois, on vous laisse retirer un petit montant : le “retrait test”.
C’est là qu’arrive l’escalade.
Des relances quotidiennes, de faux gestionnaire “senior”, de la pression, des flatteries, la création d’un sentiment d’urgence.
Et quand vous voulez sortir, on vous invente une facture magique (“frais de conformité”, “déblocage”, “flat tax avant retrait”…).
Alors que payer pour récupérer votre argent signifie qu’il y a une arnaque. Point.
Voici une check-list simple et brutale à partager sans modération :
Si on vous promet du rendement “régulier” → arnaque.
Si on vous presse / vous relance / vous “coach” au quotidien → manipulation.
Si on vous montre des gains “trop beaux” → simulation.
Si on vous demande un paiement pour débloquer un retrait → vol en cours.
Un vrai investissement n’a pas besoin de vous convaincre au téléphone.
Il a besoin de documents, de transparence et d’un cadre clair. Le reste, c’est du cinéma.
Tout le monde devient expert
Un texte “propre” donne une illusion : celle de la compétence.
Depuis l’IA générative, tout le monde se prend pour un expert.
Je reçois des mails copiés-collés, bien écrits, parfois agressifs, de gens qui ne sont pas avocats mais qui me corrigent comme s’ils plaidaient à ma place.
Ils inventent des fautes.
Ils confondent un risque avec une certitude.
Ils se croient légitimes parce que le paragraphe sonne bien.
Ils repèrent des “contradictions” là où il y a juste une nuance.
Or, le droit n’est pas un concours d’écriture.
Il repose sur des faits, du contexte, une stratégie, des preuves, des conséquences.
Et surtout, sur quelqu’un qui engage sa responsabilité.
L’IA comme assistant, oui.
L’IA comme costume d’expert, non.
Sinon, on fabrique de la friction, on rigidifie les échanges, et on peut littéralement abîmer un dossier.
Mon flirt est une IA
La dystopie n’est pas futuriste. Elle est déjà banale.
On m’a raconté une mécanique devenue normale chez certains.
Copier-coller des conversations dans ChatGPT, pour voir ce que l’IA “en pense” et demander une analyse des styles d’attachement.
Objectif ?
Générer des réponses “optimales”.
Problème : l’autre interlocuteur n’en sait rien.
Juridiquement, ce n’est pas juste “un conseil demandé à un ami”.
C’est la transmission à un tiers d’un contenu privé contenant des données personnelles.
Des messages, photos, notes vocales, vulnérabilités, parfois même de l’intime.
Être destinataire ne vous donne pas un droit de rediffusion “par défaut”, ni un droit d’exporter l’intimité de l’autre dans une machine.
Et au-delà du droit, il y a un point plus profond.
Parce qu’on ne parle plus d’assistance.
On parle de mise en scène.
L’IA utilisée pour se fabriquer une identité plus séduisante, plus stable, plus rationnelle, plus stratégique que soi.
Mettre du contrôle et de l’optimisation là où, précisément, tout repose sur le vivant, l’ambigu, l’émotionnel.
Et si les deux côtés s’y mettent, on obtient des échanges sans aspérité, sans maladresse, mais dénués de toute valeur humaine.
Bref, la confidentialité dans le dating vient de sauter.
La question n’est plus “est-ce utile ?”, mais à partir de quand l’IA devient un tiers caché dans la relation ?
LES GUIDES
Chaque semaine, retrouvez nos derniers guides stratégiques.
MiCA : la fiction qui crée de l’insécurité

La distinction entre service d'échange et service d'exécution d'ordres sous MiCA relève d'une fiction juridique dont le marché commence à percevoir les limites.
Pour résumer, l'article 3 définit l'échange comme la conclusion de contrats d'achat ou de vente de crypto-actifs en utilisant du capital propre.
L'exécution, elle, comme la conclusion d'accords pour le compte de clients.
Une opposition classique principal/agent, directement importée de MiFID II.
Sauf que cette dichotomie fonctionne mal dans l'écosystème crypto pour une raison structurelle.
Dans les marchés traditionnels, le dealer détient un inventaire et assume un risque de position.
Le broker ne prend pas de risque de marché et exécute sur une venue tierce.
Deux modèles économiques distincts.
Mais en crypto, beaucoup d’acteurs ne tiennent pas vraiment de stock.
Ils s’approvisionnent en temps réel sur des plateformes de liquidité, parfois en millisecondes, parfois en minutes selon le mode de règlement.
Le client perçoit un prix affiché mais ce prix intègre déjà une anticipation du coût d'acquisition sur le marché.
Le même flux économique peut être habillé en échange ou en exécution selon la rédaction des CGV.
L'enjeu véritable réside dans l'obligation de best exécution de l'article 78.
Cette obligation suppose l'existence de plusieurs lieux d'exécution entre lesquels arbitrer.
Sur de nombreux crypto-actifs, la liquidité est fragmentée entre des dizaines de plateformes dont certaines ne sont pas régulées.
Et la plupart n'offrent pas d'accès direct aux CASP européens.
La notion de "meilleur résultat possible" devient relative à un univers d'exécution que le CASP définit lui-même.
Paradoxe : l'obligation de best execution peut conduire à diriger le client vers des plateformes tierces moins régulées si celles-ci offrent de meilleurs prix.
Le communiqué conjoint AMF/FMA/CONSOB de septembre 2025 identifie ce risque en proposant d'imposer l'exécution sur des plateformes MiCA uniquement.
Donc la division échange/exécution est inadaptée au secteur crypto et génère plus d'insécurité juridique qu'elle n'apporte de protection.
La prochaine révision devra trancher.
En attendant, comprenez les enjeux en profondeur grâce à notre guide.
Il s’adresse à CASP, plateformes, juristes, équipes conformité, et à ceux qui veulent comprendre comment sécuriser la formation du prix, la loyauté et la traçabilité.
Répondez à ce sondage pour y accéder :
Etes-vous concerné par cette future révision ?
Royaume-Uni : la FCA construit un MiCA à l’anglaise

MiCA est déjà applicable dans l’UE partiellement depuis le 30 juin 2024.
Le reste du dispositif (émetteurs, CASP, intégrité de marché) depuis le 30 décembre 2024, avec des phases transitoires possibles selon les États membres.
Le Royaume-Uni, lui, est encore en construction :
648 pages.
Trois consultations.
Consultation ouverte jusqu’au 12 février 2026.
Règles finales attendues en 2026.
Déploiement annoncé vers fin 2027.
Ce n’est pas un ajustement.
C’est une architecture.
Sur le fond, même message des deux côtés : fin de l’exception crypto.
Transparence, règles de conduite, responsabilité, prévention des abus de marché.
Mais il y a une différence.
MiCA est un régime harmonisé et passeportable, très structurant sur l’émission et la distribution (white paper, régime stablecoins) et sur les obligations des CASP.
La FCA pousse une logique d’infrastructure de marché : admission, information, abus de marché crypto dédié, et surtout un volet prudentiel explicite.
Liquidité.
Fonds propres.
Gestion des risques via COREPRU/CRYPTOPRU.
Deux nouveaux corpus réglementaires qui imposent des exigences dures en matière de fonds propres, de liquidité et de gestion des risques.
Autrement dit, aux UK, il ne suffira pas d’être autorisé et “bien organisé”, il faudra être robuste.
La règle devient binaire côté retail : un cryptoactif non admis avec documentation conforme ne sera pas proposé aux particuliers.
Les plateformes de trading se retrouvent en première ligne avec une double casquette réglementaire.
Elles devront gérer à la fois les nouvelles obligations d'admission et de transparence et le dispositif anti-abus de marché transposé aux cryptoactifs.
Les intermédiaires, plateformes de lending et prestataires de staking sont tous embarqués.
Pour le staking spécifiquement, nouvelles règles de consentement, avertissements obligatoires et divulgations détaillées avant toute prise en charge des actifs clients.
MiCA a déjà normalisé le secteur dans l’UE.
Le Royaume-Uni prépare la même bascule.
À retenir
L’imprévisibilité juridique et fiscale est un impôt caché : elle tue la prise de risque avant même les taxes.
Les arnaques financières fonctionnent parce qu’elles exploitent un réflexe : payer pour débloquer.
En droit, la responsabilité qui crée la légitimité.
L’intime n’est pas “exportable par défaut” : sans consentement, l’IA devient un tiers caché.
MiCA a normalisé l’UE et la FCA prépare une version UK : les modèles opaques ne survivront pas.
Vous voulez un point rapide sur vos risques et vos leviers d’action ?
À très vite,
Arnaud


