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Par Arnaud Touati

Bonjour à tous,

Cette semaine, on touche à tout ce qui fâche.

Un salarié qui ne peut plus vivre de son travail. Des entrepreneurs qu'on méprise quand ils réussissent et qu'on ignore quand ils souffrent. Une Europe qui régule ce qu'elle ne possède pas. Et une affaire Epstein transformée en tribunal populaire où la présomption d'innocence ne vaut plus rien.

On fait le point ensemble ↓

LE DEBUNK

On passe en revue les citations chocs de la semaine.

300 euros pour vivre

Après le loyer et les factures, il me reste 300 à 400 euros. Sans la nourriture, sans l'essence. À 34 ans, je dois demander à mes parents d'être garants.

Voilà. Tout est là. Travailler ne suffit plus à vivre.
Pire : ce n’est pas un cas isolé.

En 2024, un salarié du privé sur deux gagne moins de 2 190 euros net par mois.
Le salaire net moyen est à 2 733 euros.

Logement, énergie, assurances, transport : il reste souvent très peu.
Pas de marge. Pas d'épargne. Pas de projection.

Et je le constate tous les jours.

Comme chef d'entreprise, parce que chaque hausse, chaque prime, chaque recrutement se transforme immédiatement en coût total.

Et comme avocat, parce que mes clients le vivent de façon très concrète.

Ils veulent mieux payer et recruter, mais la marche entre ce que le salarié reçoit et ce que l'entreprise débourse devient dissuasive.

Résultat : deux impasses en même temps.
Côté salarié, l'asphyxie. Côté employeur, l'étau.

Et pendant qu'on s'habitue, les indicateurs confirment la tendance.

La France est le 24e pays au monde en termes de richesse par habitant, près de 2 points en dessous de la moyenne européenne.

Ce n'est pas un problème individuel.
C'est le contrat social qui craque.

70h/semaine pour 2 500 €

Je fais 70h par semaine, mon salaire c'est 2 500 €. En France, quand vous réussissez, vous êtes jetés à la vindicte populaire. Et ils disent : taxez, taxez.

Je suis avocat d'entrepreneurs et ce discours, je l'entends sans filtre, matin, midi et soir.
Je m'y reconnais aussi dans mes débuts.

L'énergie absorbée, les soirées où tout se joue hors caméra, loin des récits des digital nomades qui gagnent 50 000 euros par mois en vendant des fleurs en plastique à Bali.

Et, pour ma part, j'en ai assez.

Assez d'un pays où ceux qui n'ont jamais entrepris, jamais pris un risque de leur vie, jamais eu une paie à sortir, donnent des leçons d'économie à ceux qui créent de la valeur.

On peut débattre. Mais qu'on le fasse sérieusement, en partant de la réalité, pas d'une caricature.

Sinon, on décourage ceux qui créent, on dégoûte ceux qui tentent, et on s'étonne ensuite que le pays manque d'élan.

Bernard Arnault dit tout haut

La surtaxe dite "exceptionnelle" s'inscrit dans une mécanique bien connue. Elle commence par viser les plus grandes entreprises et finit par s'étendre.

Le PDG de LVMH s'est exprimé lors de la présentation des résultats 2025.
Depuis, les raccourcis s'enchaînent.

Avant toute analyse, on attaque l'homme.
C'est plus simple et surtout beaucoup plus démagogique.

Sauf que ramener le débat à sa fortune personnelle est une hérésie.

La fiscalité qu'il critique est celle des entreprises, pas celle d'un individu.
Confondre les deux équivaut à remplacer l'analyse économique par un procès moral.

La baisse de l'IS n'a pas transformé la France en paradis fiscal.
Elle a corrigé un écart devenu indéfendable avec nos voisins.

Même confusion sur les holdings : une holding n'est pas de l'argent gratuit non fiscalisé. Les résultats sont soumis à l'impôt, les dividendes imposés et les plus-values taxées.

On peut débattre du système actuel.

Mais notre objectif commun devrait être avant tout de créer de la valeur, de l'emploi et de l'investissement pour qu'il y ait demain des centaines de Bernard Arnault en France.

Luchini a tout compris

Anne Hidalgo, j'ai un grand respect pour le courage politique. Comme le marxisme : sur le papier, c'est séduisant. Dans les faits, c'est une autre histoire.

Fabrice Luchini décrit une politique cohérente sur le papier, irréprochable dans l'intention, mais profondément déconnectée de ceux qui subissent ses effets concrets.

Moins de pollution. Moins de voitures. Une ville plus vertueuse.
Qui pourrait être contre ? Moi aussi je suis pour la paix et contre la guerre.

Luchini met le doigt sur quelque chose de très actuel : la création d'une hiérarchie morale dans l'espace public.

Le vélo vaut mieux que la voiture. La trottinette vaut mieux que le piéton. Et celui qui travaille loin, tôt, tard, sans choix d'horaires ni d'itinéraire ne vaut plus grand-chose.

Cette logique, je la ressens de la même manière dans l'entrepreneuriat.

Sur le papier, on célèbre la prise de risque. Dans les faits, l'entrepreneur devient suspect dès qu'il réussit.

L'érosion silencieuse

La France ne fait pas fuir les riches.
Elle écœure ceux qui travaillent jusqu'à les faire partir.

Le débat public se trompe de cible. Il préfère s'acharner sur quelques noms connus.

Or ce ne sont pas eux qui partent en masse.
La réalité est plus sourde, plus diffuse, et infiniment plus inquiétante.

Ce sont des artisans, des indépendants, des dirigeants de TPE.

Le cas typique du garagiste : 250 000 euros de patrimoine, des contraintes qui s'empilent, un contrôle qui lui fait perdre deux à trois semaines de travail.

Et un jour, ce n'est plus tenable.

La décision de partir n'a rien à voir avec la fraude ou l'optimisation agressive.
C'est un décrochage.

Un abandon progressif d'un système devenu trop lourd, trop intrusif, trop hostile à ceux qui produisent.

Une érosion lente, continue, silencieuse.

LES NEWS

L’essentiel de l’actualité juridique.

Epstein : la mort de l'État de droit

L'affaire Epstein, aussi grave soit-elle, ne justifie en aucun cas la mort de l'État de droit.

L'affaire Epstein est évidemment sordide.

Par les crimes commis. Par l'ampleur du trafic. Par les milliers de victimes, trop souvent réduites à une note de bas de page.

Mais pour l'avocat que je suis, il y a autre chose qui m'alerte profondément.
Ce sont nos principes foulés aux pieds au nom d'une fin qui justifierait tous les moyens.

D'abord, la présomption d'innocence.
Principe cardinal, principe constitutionnel, principe abandonné dès qu'il gêne.

Avec les "Epstein files", on a ouvert un gigantesque tribunal populaire.

On passe du soupçon à la guillotine en place publique.
Un nom. Un mail. Une date.

Peut-être avez-vous écrit à Epstein un 14 novembre 2016 ?
Cela suffit désormais à vous désigner coupable aux yeux du monde.

Ensuite, le secret des correspondances.

Exposer ce qu'un individu disait en privé et révéler ce que son propre avocat lui conseillait reste discutable.

Défendre ces principes, ce n'est pas défendre les personnes mises en cause, mais ce qui nous protège tous.

Jeux vidéo : légiférer à la hache

Interdire les jeux vidéo violents pour réduire la violence, c'est comme interdire les fourchettes pour régler l'obésité.

Emmanuel Macron annonce une mission d'experts pour évaluer l'impact des jeux vidéo violents, avec en toile de fond l'idée d'une interdiction pour les moins de 15 ans.

Sauf qu’aucune recherche n'a établi un lien causal entre pratique de jeux vidéo violents et passage à l'acte criminel. Aucune.

Ce qui existe en revanche, ce sont des risques réels d'addiction.

Mais il s'agit d'un sujet qui relève de l'éducation parentale, pas de l'interdiction par décret.

Je joue aux jeux vidéo depuis que j'ai l'âge de tenir une manette.
Ça n'a jamais fait de moi quelqu'un de violent.

Interdire, c'est simple.
Comprendre, c'est plus compliqué.

Réseaux sociaux : l'interdiction aux moins de 15 ans

Entre l'intention législative et l'application effective, il y a le droit européen, la technique, et la réalité des contournements.

L'Assemblée nationale a adopté le 26 janvier un texte interdisant l'accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans.

Le mécanisme est malin.
Le texte ne dit pas aux plateformes quoi faire.

Il dit simplement que l'accès est interdit aux mineurs de 15 ans.

Conséquence : le compte d'un mineur devient un contenu illicite au sens du droit européen, ce qui déclenche les obligations de retrait pesant déjà sur les hébergeurs.

On contraint sans imposer formellement.
Sauf qu'un amendement vient tout compliquer.

Il touche les plateformes qui suggèrent ou hiérarchisent les contenus au moyen d'algorithmes de recommandation à destination de comptes de mineurs.

Le but ?

Qu’elles soient considérées comme exerçant une activité d'édition sur cette fonction spécifique.

Quand TikTok pousse une vidéo de régime extrême vers une adolescente de 14 ans, il répond comme un éditeur.

Une rupture conceptuelle majeure.

Mais cet amendement contrevient probablement au DSA. Sa survie au Sénat est donc incertaine.

Côté application : la vérification d'âge repose sur un tiers de confiance qui n'existe pas encore, et l'interdiction pèse sur les mineurs eux-mêmes, pas sur les plateformes.

La France envoie un signal fort. Reste à savoir s'il survivra à Bruxelles.

Europe, la colonie numérique

L'Europe n'est plus simplement dépendante. Elle est colonisée numériquement.

Le digital américain possède l'Europe.
264 milliards d'euros de valeur sont transférés chaque année hors du vieux continent.

Sauf que l'IA change totalement l'échelle du problème.

Avant, nous dépendions d'outils.
Aujourd'hui, nous dépendons de cerveaux artificiels que nous ne contrôlons pas.

Les modèles sont américains. Les infrastructures sont américaines. Les données d'entraînement sont captées par des acteurs américains.

Demain, les décisions, la productivité, l'innovation reposeront sur des systèmes que l'Europe ne peut ni couper, ni auditer, ni remplacer à court terme.

On ne débranche pas une IA intégrée dans les entreprises, les administrations, la santé ou la défense sans paralyser un pays.

Chaque jour sans alternative européenne crédible rend la sortie plus coûteuse.

L'Europe accepte-t-elle d'être une colonie numérique, ou accepte-t-elle enfin d'en payer le prix pour en sortir ?

Grok et le scandale des images générées

La question n'est plus de savoir comment encadrer les dérives d'une IA, mais si certains usages doivent être exclus de son périmètre de conception.

Depuis le 25 décembre dernier, une tendance sur X permet d'utiliser Grok pour détourner des photos de jeunes femmes et générer des images sexualisées.

Sans leur consentement.
Sauf que ce n'est ni un accident technique, ni un simple défaut de modération.

C'est la nature même des systèmes d'IA générative à usage général.

Quand cette capacité est intégrée dans une plateforme à fort effet de diffusion, le risque devient systémique.

D'un point de vue juridique, les instruments existent déjà.

  • Le traitement d'images de personnes réelles engage le droit des données personnelles.

  • La génération de contenus sexuels impliquant des mineurs relève du droit pénal.

  • Les plateformes sont soumises à des obligations renforcées de prévention.

Mais la logique consistant à autoriser tout usage par défaut, puis à corriger ex post par la modération, montre ses limites.

Le débat qui s'ouvre est celui de la délimitation en amont des usages que les systèmes d'IA doivent ou non être techniquement capables de produire.

C'est sur ce terrain que se jouera la crédibilité du droit européen du numérique.

Pourquoi nous écouter ?

Avec Hashtag Avocats, nous accompagnons 300+ entreprises sur la conception responsable, la rédaction des politiques d’usage et les plans de réponse.

À retenir

  • Le contrat social craque quand travailler ne suffit plus à vivre.

  • Mépriser ceux qui entreprennent, c'est choisir le déclin économique.

  • L'Europe est une colonie numérique : chaque jour sans alternative crédible aggrave la dépendance.

  • Les principes fondamentaux (présomption d'innocence, secret des correspondances) ne sont pas optionnels, même face aux affaires les plus sordides.

  • Interdire n'est pas gouverner. Faire respecter ce qui existe, c'est déjà un bon début.

  • La régulation de l'IA ne peut pas se contenter de corriger après coup : certains usages doivent être exclus dès la conception.

Vous voulez un point rapide sur vos risques et vos leviers d’action ?

Je prends toujours 30 minutes pour comprendre votre enjeu et vous donner une première feuille de route.

À très vite,
Arnaud

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